Dimanche 19 juillet 2009
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Le Partage du sel
Une œuvre « photo-calligraphique » de M. Abu Aziz, calligraphe jordanien
et Jean- Loup de Sauverzac, photographe français.
Genèse d’une aventure salée
Dans l’Athanor de la matière, chaque forme émergée du chaos se souvient
de sa naissance, et s’interrogeant sur ses devenirs, rêve à d’autres transmutations. Car la matière est vivante, et toutes ses formes sont les éphémères instantanés
d’une tension, d’un mouvement perpétuel de la nature animée par le souffle de l’Anima Mundi. Ces formes, d’apparences ordinaires et inertes, offrent à celui qui sait les regarder la révélation de
leurs visages énigmatiques, de leurs danses oniriques, de leurs mystérieuses écritures. J’avais gardé de mon premier périple autour de la Mer Morte une fascination pour ces écritures énigmatiques
laissées par l’eau et le vent et recuites aux feux du ciel dans les drapés des champs de sel.
C’est en 1996, en Jordanie, au cours d’un premier périple autour de la Mer Morte en
compagnie de la photographe palestinienne Hala Hilmi Hodeib, avec qui je réalisais un travail commun ‘Démons et Merveilles’ pour le Printemps Palestinien, que l’idée des calligraphies avait germé
dans mon esprit.
Comme le sel donne de l’esprit, soudain l’idée avait cristallisé : confier en une
calligraphie ces vers magnifiques de Saint John Perse, : Au bruit des grandes eaux en marche sur la terre, tout le sel de la terre tressaille dans les
songes … Puis logiquement, tout comme le petit cristal de sel originel qui se développe de manière exponentielle -exponen–sel- d’autres pensées de poètes, de philosophes, affluèrent
dans mon esprit…
Mais, n’étant pas calligraphe, il me fallait donc trouver un artiste jordanien qui accepte de se lancer dans pareille aventure ! Grâce au Directeur du Centre
culturel français d’Aman, M. Denis Toupin, à qui j’avais confié ce désir d’écritures salées, le rêve pu se matérialiser en une invitation à créer.
Lorsque je débarquais 3 ans plus tard à Aman pour réaliser ce travail commun, je ne
connaissais pas le calligraphe Mohamed Abu Aziz. Je réalisais très vite les difficultés que nous aurions à surmonter, car, outre nos différences d’âge, de culture et de mode de vie, nous ne
parlions pas de langue commune ! Mais l’idée le passionnait. Notre enthousiasme fut le médiateur de nos difficultés de communication et la complicité efficace et chaleureuse de Pascal
Janovjak, qui avait la charge au Centre culturel de piloter la production de notre projet et son accomplissement, fut le ciment bénéfique de notre œuvre.
Cette aventure artistique et humaine nous a démontré surtout que seule la reconnaissance
vécue de la différence de l’autre permet d’établir un vrai dialogue sans lequel toute entreprise humaine n’est que chimère bâtie sur les sables mouvants des malentendus. Au gré de nos errances
dans les fractures et les déchirures de cette Mer mythique dite morte, nous avons scellé notre amitié en partageant, la soif et la chaleur, les fatigues et les exaltations, les mélancolies
crépusculaires, les surprises de l’aube, le pain et le sel toujours vivants de la Palestine.
En novembre 2000, la première partie de ce travail, nommé « Le dit du sel », était
inaugurée à la Mairie d’Aman sous le patronage et en présence de HRH la Princesse Muna et de son Excellence l’Ambassadeur de France, Monsieur Bernard Emié. Deux ans plus tard le Partage du sel,
complété par un nouvel apport, était présenté à l’Institut du Monde Arabe à Paris pour inaugurer le lancement de la campagne du Secours populaire français : « la culture, ça change la vie
». Ensuite l’exposition a tourné dans les principales villes de France.
Après un séjour dans les Centres culturels français en Palestine, le Partage du sel vient d’être présenté récemment à
l’université Jinan et au Centre culturel français de Tripoli dans le cadre du concours de calligraphie organisé par ces deux institutions. Le Partage du sel va continuer son périple Libanais dans
les centres culturels français et d’autres lieux universitaires jusqu’à la fin de l’année 2009, avant de repartir porter son message de fraternité et de paix en d’autres pays du Moyen
Orient et du monde.
Partager le sel, c’est partager l’hospitalité, partager l’essentiel de la vie.
Il n’y a pas de vie sans sel : le sel c’est la vie.
Jean-Loup de Sauverzac
Mohamed Abu Aziz
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